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Dans le langage courant, et au sens de l’adjectif, le rituel désigne ce qui est habituel, routinier, traditionnel. Quand le mot est un nom, il désigne un ensemble de rites laïcs, religieux traditionnels suivant  un protocole précis.

Chaque religion, pour se développer et affirmer son identité, a été amenée, tôt ou tard, à adopter une forme d’expression. La maçonnerie a fait de même. Mais quel en est le sens, la signification ? Que nous apporte-t-il ? En loge ? Dans le monde profane ?

 

1. Le sens du rituel

C’est une formalisation permettant de transmettre le message du ou des fondateurs, d’assurer la cohésion de la communauté des pratiquants ou usagers et de les inciter à la fidélité de leur adhésion par la création d’habitudes spécifiques et sécurisantes.

La mise en place d’une forme, d’un système de règles, et/ou d’un uniforme, voire d’un code de conduite ou d’un rituel se révèle donc nécessaire pour adapter ce message au contexte social, culturel et géographique. Chacun est censé se reconnaître dans cette forme et en comprendre le sens et la symbolique.

Le numéro 159, de mars 2011 de la revue Points de Vue Initiatiques de la Grande Loge de France est consacré aux Rites et rituels. Luc Stéphane rappelle dans ce dossier que le Rituel est l'ensemble des actes, gestes, attitudes et paroles symboliques, hérités de la Tradition et fixés par l'usage. C'est par le moyen du Rituel que sont transmis les enseignements fondamentaux de notre Ordre. (…) Notre Rituel poursuit-il, doit être vécu, et non subi. Ce Rituel est donc un outil spirituel dont la fonction est d'inclure celui qui le pratique dans le cercle des participants. Il a, à la fois, par conséquent, un rôle individuel et collectif, une fonction structurante et intégratrice.

2. De la modernisation du rite aux tendances actuelles

Jean-Jacques Gabut,  dans son étude Eglise, religions et Franc-Maçonnerie,  parue chez Dervy, écrit qu’ il va de soi que tout rite - initiatique ou religieux - est chargé de sens. Et Alec Mellor, dans son dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, Chez Belfont, précise que  toute "modernisation" d'un rite est un contresens ! Vider un rite de sa charge, de son sens, revient à le tuer en le mutilant. De même que toute altération du rite le dénature.


Il n’existe pas de version initiale pouvant être considérée comme étant considérée comme le canon rituélique. Luc Stéphane dans le dossier sur les rites et rituels précise cependant que, par nature, le Rituel en tant que démarche intrinsèque à l'Ordre maçonnique est conservateur. Il est relié à des usages et à des formes, des formulations, délibérément archaïques, qui le rattachent au passé et à la Tradition.


Le rite maçonnique permet au profane de se métamorphoser pour participer au monde du sacré, explique Jean-Jacques Gabut. Il va plus loin: Le Rite, partant d'analogies, utilisant l'équivalence, ayant perpétuellement recours aux correspondances, met donc en harmonie le monde visible et le monde invisible. (...) Le mythe sert d'explication, le symbole d'expression et le rite les met l'un et l'autre en action. Mais, précise-t-il, pour être efficace le Rite doit être accompli conformément à des règles strictes.

3. Vie profane

Dans la vie profane nous avons tous nos rituels, individuels ou collectifs, qui sont plus ou moins espacés dans le temps et dans l’espace. Ces rituels permettent de s’ancrer en soi, de s’aligner aux autres en gardant intacte nos spécificités. Toutes nos vies sont empreintes de rituels de toutes sortes, nous explique Maud Séjournant, auteure du livre LE CERCLE DE VIE, paru aux éditions JOUVENCE.

Ces rituels sont constitués par des rites, c’est-à-dire un ensemble de règles immuables, fixant le déroulement d’une cérémonie, qu’elle soit publique, donc exotérique ou secrète voir discrète, donc ésotérique.

3.1. Individuellement

En ce qui concerne les rituels individuels, il nous suffit de penser à nos habitudes de vie (méditation, réflexion, pause-café, repas, douche, voyages en transports communs) autant de moments propices aux rituels.

Bien que ces habitudes soient pour la plus part du temps le résultat de l’improvisation ou simplement la conséquence du temps qui nous reste disponible dans la journée, ces rituels ont la particularité de nous permettre de nous rassurer et de nous plonger dans notre moi intérieur pour établir son bilan à propos des points de repères quotidiens sur notre équilibre familial, émotionnel, notre performance au travail, notre corporéité.

Rien ne nous empêche de créer des images mentales nous préparant à accueillir, non seulement nos émotions, mais bien plus nos intentions d’accueillir ou d’accéder à une nouvelle vie en confiant notre intention à l’Univers à l’énergie du feu purificateur, ou à la force génératrice de l’eau d’une rivière en y jetant cette intention. Le corps s’engage, au côté du mental.

3.2. Collectifs & sélectifs

D’autres rites règlent notre vie sociale. Pour ces rituels profanes et sociaux, nous avons besoin de la participation des autres. En effet et bien que cela soit possible, on imagine mal un anniversaire ou un réveillon en “ solitaire ”.

Le principe de la sélection est une des particularités qui marque généralement ces rituels profanes.

On fête son anniversaire avec sa famille et ses amis, on fête la journée nationale avec ses concitoyens, on célèbre les cérémonies religieuses avec ceux qui partagent sa foi, les rencontres maçonniques avec les Frères de notre atelier.

Les rituels individuels sont espacés dans le temps en fonction de nos besoins et les rituels collectifs en fonction des règles bien établies par le groupe.

En conséquence, ils peuvent être quotidiens, hebdomadaires, mensuels, annuels etc.

3.3. Le sens de ces rituels profanes

Ils permettent de baliser la manière dont nous fixons les buts que nous poursuivons. S’il n’est pas possible de résumer toutes les activités que nous menons en groupes profanes, au vu de ce que je viens d’évoquer nous constatons que l’individu est au service du groupe. Le groupe établit les règles, chaque membre s’y réfère, il est alors en harmonie avec ce groupe.

4. Conclusions

S’interroger sur le rituel et l’esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui invite en effet la pensée à s’engager dans deux voies divergentes, mais pas nécessairement opposées.

4.1. A partir d’une étude anthropologique, et qui se veut par conséquent scientifique et objective, des rites, à partir d’un classement et d’une interprétation fonctionnelle de ces rites en dégager la spécificité et proposer une définition de ce qui fait l’originalité de l’esprit maçonnique.

4.2. Ou, partant des pratiques rituelles et symboliques qui nous font vivre et connaître cet esprit afin de tenter de dégager la transcendance qui anime la Maçonnerie.

Au cours de nos tenues si la tenue vestimentaire impose le tablier et les gants de la tradition opérative, le texte du rituel, cyclique, codifie nos attitudes et nos comportements en loge, notamment les procédures de prise de parole et du silence de l’apprenti.

Le rituel en lui-même est structuré de manière à répondre aux différentes circonstances auxquelles la loge devra faire face. Outre l’ouverture et la fermeture des travaux, il faut prévoir un rituel d’initiation du profane c'est-à-dire de son accueil pour son initiation en loge avec les épreuves, les voyages et le jeu des questions-réponses.

Le rituel prévoit aussi les passages de grade d’apprenti à compagnon et à celui de maître, l’installation ou l’élection suivant les cas du vénérable et du collège d’officiers, le passage à l’Orient éternel, etc… Partout on entendra et assistera au déroulement d’une scénographie précise, chaque maçon à sa place et chaque mot ayant une signification et un effet. Il faut comprendre qu’a ce stade, le moindre détail à son importance, rien n’est neutre chaque terme, chaque posture, chaque signe a une conséquence et donc une finalité précise, dont on ne découvre la signifiance parfois qu’après plusieurs années. La théâtralisation et la répétition provoquent indiscutablement un effet plus ou moins grand en fonction de la rigueur des intervenants et de l’attention, la concentration des membres présents.

Le rituel, en fait, est un formidable métronome, un régulateur qui met en route et en appétit le cherchant.

La loge par son entremise est « à couvert », isolée des influences extérieures, comme un espace hors du temps où nous reprenons l’ouvrage de nos ancêtres et prédécesseurs sur la voie de la sagesse.

De cette apparente rigueur découle une totale liberté d’interprétation de chaque maçon. Dans ses travaux de recherche, chaque Maçon par l’imprégnation rythmique du rituel ordonnera de la même façon le compte rendu de ses travaux et s’inspirera utilement du sens symbolique d’un rituel et de son ressenti. C’est une véritable symphonie de symboles qui fait appel à nos cinq sens :

-      L’audition qui permet de ressentir la rythmique des coups de maillet, les invocations, les questions-réponses

-      La vue est aussi invitée, ainsi que le corps lui-même.

-      Les mouvements rituéliques. La succession des postures assis-debout-assis, le déplacement en marquant les angles, la chaîne d’union, le salut rituel et l’acclamation induisent naturellement la notion de reconnaissance et d’appartenance à un groupe qui peut se traduire par ce phénomène si particulier dans nos tenues qu’on appelle l’égrégore (la quintessence du rituel).

Le déroulement cyclique du rituel est calqué sur le principe du temps circulaire qui s’impose à nous et permet de rentrer dans l’espace sacré et d’en sortir. L’espace sacré est irrémédiablement lié au temps sacré qui ne peut être confondu avec le temps profane ou historique.

Ce retour aux sources, cette capacité qu’ont les francs-maçons et autres initiés de s’extraire du temps profane leur offre une vision inégalée de la globalité et de l’unité.

Phénomène illustré par l’expression maçonnique : « Rassembler ce qui est épars ». Afin d’entrer en résonnance avec l’Univers et tendre à l’harmonie des sphères décrites par Pythagore.

Puissions-nous, chacune, chacun, y arriver !

J’ai dit Vénérable Maître

J-P P 18 décembre 2019